Jacques Chirac

Paris, le 26 juin 2007

Mesdames et Messieurs,

            Aujourd’hui, au moment où vous êtes réunis à l’université de Paris 8 – Saint-Denis à l’occasion du colloque « Archives, identité et République », comment ne pas évoquer une grande figure de la pensée française, René Rémond ? René Rémond était un historien majeur, mais aussi un homme animé par une haute exigence morale. Le Centre des Archives nationales de Pierrefitte, pour lequel il n’a jamais ménagé sa peine et ses efforts, lui devra beaucoup. Mieux que personne, il savait toute l’importance que revêtent pour un pays ses Archives.

            Les Archives, c’est d’abord le matériau brut de l’histoire : c’est la nourriture essentielle des historiens. Il leur faut les dépouiller, les interpréter, les croiser, et parfois bien sûr les questionner, pour en tirer un récit ordonné du passé. Sans elles, l’Histoire ne serait qu’une reconstruction, et non pas une science, une recherche fondée sur des faits. Les Archives, c’est ce qui vous permet, à vous historiens, politologues, sociologues, de fuir la fiction, de vous dégager des préjugés, des « on dit », des passions. C’est ce qui vous permet d’approcher, autant qu’il est possible, la réalité des faits tels qu’ils se sont réellement déroulés.

Mais les Archives ne sont pas seulement une affaire de spécialistes. Elles sont aussi la mémoire vivante du pays. A ce titre, elles sont le bien commun de la Nation tout entière. Elles permettent de construire une mémoire partagée par tous les citoyens, quelle que soit leur origine, quel que soit leur lieu de vie. Et cela, bien sûr, grâce à l’indispensable médiation des travaux des historiens. Sans ce récit commun, qui implique la fierté de nos hauts-faits mais aussi la reconnaissance des erreurs commises, bref, sans passé et sans Histoire, un pays ne peut espérer construire son avenir.

Il n’est pas indifférent que l’Etat ait décidé d’installer ses Archives nationales depuis 1789 ici, à Pierrefitte. Dans un département qui a vu s’écrire certaines des pages les plus importantes de notre Histoire : à Saint-Denis reposent les dépouilles de tant de ces rois qui, au fil des siècles, ont contribué à forger le destin du pays. Dans un département, au-delà des difficultés, qui concentre autant des promesses de la France d’aujourd’hui et de demain, dans sa formidable diversité. Pour toutes ces raisons, je suis heureux de m’associer aujourd’hui à vos travaux, qui contribueront j’en suis sûr à enrichir notre vision de la France et de notre Histoire.

Jacques Chirac