une cite pour les archives

présenter et soutenir le projet de création à Saint-Denis-Peyrefitte d'un centre des archives nationales

vendredi 11 mai 2007

Nicolas Sarkozy

Paris, le 16 avril 2007

Madame la Présidente,

Je tiens à vous confirmer mon total engagement en faveur de la construction, déjà décidée, d'un nouveau centre des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine.

Naturellement, si je suis élu Président de la République, je me ferai un devoir de l'inaugurer au terme des travaux en 2010, et de lui apporter, par la suite, un soutien constant afin que ses ressources puissent être utilement mises à la disposition des chercheurs français ou étrangers.

Je tiens aussi à rappeler qu'à mon sens le Chef de l'Etat a une véritable mission par rapport à l'histoire de notre pays, en refusant la repentance constante, en refusant la réécriture partisane, en faisant respecter l'ensemble de notre passé, tout en laissant bien sûr les historiens avoir leurs propres analyses et leurs propres approches.

Pour moi l'Histoire de France est un tout. Elle ne peut se limiter à la conservation, nécessaire, de notre patrimoine. Elle doit s'accompagner aussi d'un devoir de mémoire, elle doit aussi être considérée comme un socle pour notre devenir.

Le travail des historiens est souvent difficile, car l'évènement n'a pas le même sens dans l'actualité et dans son inscription dans le temps, dans la durée.

Je veux être, si les Français m'élisent, le Président qui aidera l'Ecole historique française à préserver sa richesse, sa diversité, mais aussi son rôle essentiel dans l'étude et la définition des fondements de la République.

Je vous prie d'agréer, Madame la Présidente, l'expression de mes respectueux hommages.

Nicolas Sarkozy

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jeudi 10 mai 2007

Invitation

ARCHIVES, IDENTITÉ ET RÉPUBLIQUE

INVITATION

Les Archives nationales de France conservent des documents d'un intérêt exceptionnel sur  l'histoirede notre pays du Vè siècle à nos jours. En 2010, une partie des collections, couvrant la période de la Révolution française à nos jours, sera transférée sur un nouveau site, à Pierrefitte-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis.

Cette décision, prise en 2004 M. Jacques Chirac, Président de la République, a été dictée par la volonté d'enrayer la catastrophe patrimoniale qui menaçait les Archives nationales. Grâce à ce nouvel équipement, la France disposera d'un des centres d'archives les plus modernes du monde.

L'association "Une cité pour les archives nationales", constituée en 2001 précisément dans le but d'obtenir la réalisation de ce projet, se réjouit de la perspective ainsi offerte aux chercheurs, aux généalogistes et à tous les citoyens soucieux de mieux connaître leur histoire. Mais ce grand projet suscite encore, comme il est naturel, des interrogations. C'est pour contribuer à y répondre que l'association « Une cité pour les Archives nationales » en partenariat avec France-Culture et l'université Paris VIII-Saint-Denis, organise le 27 juin 2007 à l'Université de Paris VIII - Saint-Denis, à partir de 9 heures, un colloque sur le thème «Archives, identité et République».

Le colloque du 27 juin 2007 abordera donc les différentes questions qui se posent à l'occasion de cette nouvelle installation : la signification symbolique et politique du site choisi, les grandes orientations d'un projet scientifique pour les Archives nationales, ce que le public attend de ce futur centre d'archives. Il se conclura par une table ronde sur la place des Archives dans la nation.

Il sera présidé par Pierre Nora, de l'Académie française. Martine de Boisdeffre, directrice des Archives de France, participera à la dernière table ronde.

Ont confirmé leur participation

les historiens : Nancy Green, Emmanuel Laurentin, Daniel Lefeuvre, Michel Margairaz, Michèle Perrot, Antoine Prost, Alain-Gérard Slama, Maurice Vaïsse, Patrick Weil, Annette Wieviorka,

un représentant des généalogistes : Jean-Louis Beaucarnot,

le président de la communauté d'agglomération de Plaine-Commune, Patrick Braouezec

les présidents des universités Paris VIII, Pascal Binczak, et Paris XIII - Villetaneuse, Alain Neuman,

des représentants des Archives et de leurs usagers, Gilles Morin et Hubert Tison, 

des archivistes, Martine Cornède, Sandrine Cunnac, Bruno Galland, Isabelle Neuschwander et Elisabeth Verry.

Vous trouverez ci-après des informations pratiques et le programme détaillé du colloque.

Contacts

Adresse postale : c/o Caroline Piketty, 66, rue René Boulanger, 75010 Paris

Téléphone : 01 42 41 20 32

Courriel : caroline.piketty@wanadoo.fr

Informations pratiques

Le colloque a lieu, de 9 heures à 18 heures, dans l'amphi D 1 de l'Université de Paris VIII - Saint-Denis, 2 rue de la Liberté, à Saint-Denis.

Métro ligne 13, station Saint-Denis-Université

Entrée libre

Déjeuner : inscription avant le 10 juin par courriel à caroline.piketty@wanadoo.fr ou par la poste au 66, rue René Boulanger, 75010

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Colloque Archives, identité et République

Dans le cadre du prochain transfert des Archives nationales de 1789 à nos jours en Seine-Saint-Denis 

Colloque organisé par l'association « Une cité pour les Archives nationales » en partenariat avec l'université de Paris VIII-Saint-Denis et France-Culture 

"Archives, identité et République"

le 27 juin 2007
Université de Paris VIII-Saint-Denis – Amphi D1

Matinée 

9 h. - Ouverture

9 h. 30 - Accueil par Pascal Binczak, président de l'Université Paris VIII-Saint-Denis.  

Hommage à René Rémond, Georgette Elgey, présidente du Comité d'honneur de l'association Une cité pour les Archives nationales.

9 h. 45 – 10 h. 45, Un choix politique : construire et construire ici. 

Présidence :   Alain Neuman, président de l'Université Paris XIII-Villetaneuse.

IntroductionPierre Nora, de l'Académie française.

Interventions :

Patrick Braouezec, président de la communauté d'agglomération de Plaine Commune : « La signification symbolique et pratique pour le département de Seine-Saint-Denis de l'installation sur son territoire des Archives nationales de la Francedepuis 1789 ».  

Alain-Gérard Slama, professeur à l'IEP, chroniqueur à France-Culture : « La signification des Archives pour la Franceet les Français ».

11 h. – 12 h. 15, Quel projet scientifique pour les Archives nationales ? 

     Présidence : Maurice Vaïsse, historien, professeur à l'IEP.

Intervention : Isabelle Neuschwander, conservateur général du Patrimoine, directrice des Archives nationales.

Participants : Martine Cornède, directrice du Service des archives d'Outre-mer, Bruno Galland, responsable du département de l'orientation et de la communication des Archives nationales, Nancy Green, directrice d'études à l'EHESS, Michel Margairaz, professeur à l'Université Paris VIII, Elisabeth Verry, directrice des archives départementales du Maine-et-Loire.

Après-midi 

14 h. – 15 h. 15, Quoi de changé pour les lecteurs ? 

    Présidence : Antoine Prost, vice-président de l'association Une cité pour les Archives nationales

Intervention : Sandrine Cunnac, conservateur au sein de l'équipe du projet de Pierrefitte-sur-Seine.

Participants : Jean-Louis Beaucarnot, généalogiste, Dominique Bezombes, chargée de mission à l'établissement de maîtrise d'ouvrage des travaux culturels (EMOC),  Gilles Morin, président de l'Association des usagers du service public des Archives nationales (AUSPAN),  Hubert Tison, association des professeurs d'histoire et de géographie (APHG).

15 h. 30 – 17 h., Archives, identité et République 

    Table ronde animée par Emmanuel Laurentin, France-Culture

Participants : Martine de Boisdeffre, directrice des Archives de France, Daniel Lefeuvre, professeur à l'Université Paris VIII, Pierre Nora, de l'Académie française,  Michelle Perrot, professeur émérite,  Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS.

17 h. – Conclusions

Annette Wieviorka, directrice de recherche au CNRS, présidente de l'association Une cité pour les Archives nationales.

Contact et inscription caroline.piketty@wanadoo.fr 

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mercredi 9 mai 2007

Hommage à René Rémond par Alain-Gérard Slama

La mort de René Rémond

L’historien qui défiait le temps

Par Alain-Gérard Slama

© Le Figaro, 16 avril 2007

            Au moment où René Rémond nous quitte, à 88 ans, frappé d’un accident cardiaque consécutif à un cancer, il est difficile d’évoquer sans émotion cette silhouette élancée que les années paraissaient ne pouvoir atteindre, cette égalité d’humeur que rien non plus n’entamait, ce regard scrutateur et bienveillant qu’il posait sur les êtres comme sur les choses, cette manière inimitable qu’il avait d’enrouler une de ses jambes autour de l’autre quand il écoutait un exposé ennuyeux tout en mettant à jour sa correspondance ou son agenda, et cette camaraderie à la fois discrète et chaleureuse qui le rendait si proche des étudiants et des publics les plus divers auxquels il a continué de faire cours ou de donner des conférences jusqu’au soir de sa vie, et dont rien ne semblait le distinguer sinon la  précision au laser d’un jugement servi par une mémoire infaillible. Des épreuves qu’il avait traversées, de ses goûts, de ses passions, il ne laissait en revanche rien paraître sinon, très rarement, à travers les condamnations abruptes qu’il lui arrivait de porter contre ce qu’il considérait comme une erreur d’interprétation historique ou l’atteinte à une mémoire.

Un dicton écossais, cité par J.K.Galbraith, affirme que, là où est MacIntyre, là se trouve la place du président : c’est ainsi que tout naturellement, là où était René Rémond, là se trouvait la place du président. Jamais autorité n’aura eu moins besoin, pour s’imposer, de recourir aux artifices du pouvoir. On n’en finirait pas d’aligner les présidences et les honneurs dont il a été comblé et qu’il a parfois même cumulés sans en avoir jamais abusé, ni avoir eu à les solliciter: Président de l’Université de Nanterre, membre du conseil supérieur de la magistrature, président de la Fondation nationale des sciences politiques, président de l’Institut d’histoire du temps présent, président du conseil supérieur des archives… Ces titres lui sont venus tard. L’Académie française l’a accueilli quand il avait 80 ans. Ils ont correspondu chacun à un intérêt nouveau, à une responsabilité nouvelle, sans accroître pour autant le prestige immédiat que lui a valu son essai sur La droite en France de 1815 à nos jours, publié en 1954, et l’audience médiatique considérable acquise dès le début des années 1970 à l’occasion des soirées électorales des chaînes publiques, où il éblouissait par sa connaissance de la carte électorale.

            Cette disponibilité intellectuelle et cette simplicité de caractère lui ont permis de mener à la fois une intense activité d’historien et d’intervenir dans les débats du siècle sans qu’aucun de ces intérêts paraisse contredire l’autre. Ce catholique de gauche - neveu de Mgr Rémond, un des Justes honorés à Yad Vashem – a poursuivi une œuvre d’histoire religieuse, dans la lignée de Latreille,et suffisamment fait école dans ce domaine pour être l’homme auquel les médias, voire l’Eglise et les pouvoirs publics se sont tournés pour intervenir dans les querelles renaissantes autour de l’idée laïque. Ses prises de position dans les polémiques qui ont entouré la mémoire du sacre de Reims, ou à propos de l’affaire Touvier, sur laquelle il a rédigé un rapport, en 1992, à la demande de Mgr Decourtray, ou encore son rôle au sein de la commission sur la laïcité qui a abouti à l’interdiction des signes religieux à l’école ont beaucoup fait pour calmer le jeu. En 2005, son essai sur Le nouvel antichristianisme a tiré à temps la sonnette d’alarme contre la pente, venue de loin, qui porte la culture nationale, d’un côté à la rétraction, de l’autre à l’autodénigrement. Son dernier combat a été mené au côté de Pierre Nora, à la tête d’un comité « liberté pour l’histoire », contre l’offensive des « lois mémorielles » qui subvertissent de l’intérieur le travail des historiens, en y introduisant leurs passions, religieuses ou identitaires.

            Comme il l’écrit en 1991 dans l’introduction de sa grande histoire du XXe siècle français, Notre Siècle, récemment mis à jour sous le titre Le siècle dernier, « l’historien ne trahit pas l’objectivité s’il qualifie certains actes de contraires aux valeurs de civilisation qui donnent sens à la vie individuelle et fondent l’existence collective ». Nul n’a plus fait que René Rémond pour que l’histoire politique et culturelle, conçue selon une approche interdisciplinaire, soit élevée à une dignité comparable à celle de l’histoire économique et sociale pour aider à la compréhension du présent. Nul n’a brisé avec plus d’audace les anciens tabous, et nul n’a attiré, à partir des années 1970, davantage d’esprits curieux et libres, en considérant que l’historien est fondé à poser au passé les questions du présent, et en plaidant en faveur de la légitimité de l’histoire immédiate. Les grilles de lecture qu’il a ainsi construites autour des couples de concepts : unité et diversité, rupture et continuité, sont aussi fameuses chez les apprentis historiens et parmi les étudiants de sciences po que ses trois droites (légitimiste, orléaniste, bonapartiste), dont la pertinence, en ce moment surtout, semble inépuisable.

            Mais l’historien ne saurait, en revanche, donner à l’interprétation du passé les réponses du présent, sur des sujets tels que la période de Vichy, l’immigration ou l’esclavage, sous peine de commettre ces fautes caractéristiques de l’esprit totalitaire que sont l’anachronisme, le nominalisme et l’amalgame. A défaut de cette vigilance, l’histoire du contemporain risque de devenir l’otage du fanatisme, et d’introduire le loup dans la bergerie. René Rémond nous quitte alors que cette bataille est loin encore d’être gagnée. Il nous appartient de la poursuivre.

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mardi 8 mai 2007

Hommage à René Rémond par Georgette Elgey

       Georgette ELGEY rend hommage à René REMOND

(© Historia, juin 2007. Avec l'aimable autorisation de la direction d'Historia)                 

Je n’ai pas eu le privilège d’être parmi ses élèves, ni d’avoir suivi ses cours, mais j’éprouve à son égard le même sentiment que l’historien Antoine Prost, professeur émérite : « Je me sens orphelin, et pourtant je n’avais que quinze ans de moins que lui », me dit-il lorsqu’il apprend la mort de René Rémond.

C’est peu après la parution du premier tome de mon histoire de la IVè République, il y a quarante deux ans déjà !, que René Rémond est entré dans mon univers. Ce livre reposait en grande partie sur les témoignages des acteurs – les archives n’étaient pas encore accessibles. Or, à l’époque, pour l’Université française, à quelques rares exceptions près, interroger les témoins ne pouvait en aucun cas contribuer à la connaissance historique. Ce me fut donc une grande joie lorsque j’appris que René Rémond, pour qui la première chaire d’histoire du XXè siècle venait d’être créée, prenait avec énergie la défense de mon travail. Je ne l’avais jamais vu, je ne le connaissais pas. Quelques années plus tard, je ne le connaissais toujours pas, nous nous sommes retrouvés pratiquement seuls, avec Simone Weil, à émettre des réserves sur « Le chagrin et la pitié ». Il était alors de bon ton d’affirmer que ce film « révélait »  la vérité sur l’attitude des Français sous l’Occupation. Aussi lorsque l’ORTF me proposa de faire des émissions sur cette période, je répondis que je ne me lancerais pas dans une telle aventure sans le concours de René Rémond. Il accepta sans hésiter (1). Depuis nos liens n’ont cessé de se resserrer, au cours  de quelques combats où j’ai eu la joie de me trouver à ses côtés. Ainsi, au fil des années, j’ai eu maintes occasions d’apprécier son extraordinaire disponibilité, son intérêt pour les autres, son absence totale de sectarisme, qui ne l’empêchait pas de défendre avec force ses convictions et sa foi. Sa modestie, son humilité et sa discrétion m’ont toujours impressionnée. Il ne parlait jamais de ses actions passées, de la lucidité qui fut sa marque, qu’il s’agisse de lutter contre le nazisme ou contre la torture en Algérie.

Jusqu’à la fin de sa vie, il a fait preuve de ses qualités exceptionnelles.

Pour Historia, à qui il n’a jamais refusé d’apporter un témoignage précieux (2) sa disparition est une perte cruelle. 

   

                                    Georgette Elgey


1. « La France et les Français sous l’Occupation, 1940-1944, I- Le choc, II – Le sursaut », émissions de Georgette Elgey, René Rémond, Daniel Lander diffusées en juin et juillet 1974

2. Ses deux derniers témoignages traitaient de sujets particulièrement délicats, les persécutions antisémites et le procès Pétain, (août 2005), l’intégrisme et la presse (janvier 2007)

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