mardi 8 mai 2007

Hommage à René Rémond par Georgette Elgey

       Georgette ELGEY rend hommage à René REMOND

(© Historia, juin 2007. Avec l'aimable autorisation de la direction d'Historia)                 

Je n’ai pas eu le privilège d’être parmi ses élèves, ni d’avoir suivi ses cours, mais j’éprouve à son égard le même sentiment que l’historien Antoine Prost, professeur émérite : « Je me sens orphelin, et pourtant je n’avais que quinze ans de moins que lui », me dit-il lorsqu’il apprend la mort de René Rémond.

C’est peu après la parution du premier tome de mon histoire de la IVè République, il y a quarante deux ans déjà !, que René Rémond est entré dans mon univers. Ce livre reposait en grande partie sur les témoignages des acteurs – les archives n’étaient pas encore accessibles. Or, à l’époque, pour l’Université française, à quelques rares exceptions près, interroger les témoins ne pouvait en aucun cas contribuer à la connaissance historique. Ce me fut donc une grande joie lorsque j’appris que René Rémond, pour qui la première chaire d’histoire du XXè siècle venait d’être créée, prenait avec énergie la défense de mon travail. Je ne l’avais jamais vu, je ne le connaissais pas. Quelques années plus tard, je ne le connaissais toujours pas, nous nous sommes retrouvés pratiquement seuls, avec Simone Weil, à émettre des réserves sur « Le chagrin et la pitié ». Il était alors de bon ton d’affirmer que ce film « révélait »  la vérité sur l’attitude des Français sous l’Occupation. Aussi lorsque l’ORTF me proposa de faire des émissions sur cette période, je répondis que je ne me lancerais pas dans une telle aventure sans le concours de René Rémond. Il accepta sans hésiter (1). Depuis nos liens n’ont cessé de se resserrer, au cours  de quelques combats où j’ai eu la joie de me trouver à ses côtés. Ainsi, au fil des années, j’ai eu maintes occasions d’apprécier son extraordinaire disponibilité, son intérêt pour les autres, son absence totale de sectarisme, qui ne l’empêchait pas de défendre avec force ses convictions et sa foi. Sa modestie, son humilité et sa discrétion m’ont toujours impressionnée. Il ne parlait jamais de ses actions passées, de la lucidité qui fut sa marque, qu’il s’agisse de lutter contre le nazisme ou contre la torture en Algérie.

Jusqu’à la fin de sa vie, il a fait preuve de ses qualités exceptionnelles.

Pour Historia, à qui il n’a jamais refusé d’apporter un témoignage précieux (2) sa disparition est une perte cruelle. 

   

                                    Georgette Elgey


1. « La France et les Français sous l’Occupation, 1940-1944, I- Le choc, II – Le sursaut », émissions de Georgette Elgey, René Rémond, Daniel Lander diffusées en juin et juillet 1974

2. Ses deux derniers témoignages traitaient de sujets particulièrement délicats, les persécutions antisémites et le procès Pétain, (août 2005), l’intégrisme et la presse (janvier 2007)

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